Les droits de l'humanité par Agnès Callamard
Présente au Forum mondial Normandie pour la Paix en 2024, la secrétaire générale d'Amnesty International Agnès Callamard a livré à notre partenaire Les Temps Qui Courent un témoignage sur son histoire et les événements qui ont façonné son engagement en faveur des droits humains.

Rodrigo Duterte, le populaire et influent président des Philippines de 2016 à 2022, connu pour sa guerre brutale contre la drogue, a été arrêté à Manille le 11 mars 2025. Il est accusé par la Cour pénale internationale de crimes contre l’humanité et suspecté d’avoir permis des milliers d’exécutions sommaires. Nul ne serait donc au-dessus des lois ? Pourtant, seuls cinq chefs d’État ont été condamnés par la justice internationale depuis que le tribunal de Nuremberg a défini la notion de crimes contre l’humanité pour juger les crimes nazis.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, sait bien que « le système protège les plus méchants, les plus vicieux », car la justice repose par définition sur l’ordre mondial et les luttes de pouvoir au sein du Conseil de sécurité. L’injustice, Agnès Callamard l’expérimente dès son plus jeune âge, alors qu’elle « grandit dans une famille qui porte beaucoup d’importance à la mémoire de son grand-père », maquisard dénoncé et fusillé à la fin de la guerre par les nazis « pour son combat pour la France libre ».

« Une source d’inspiration, de fierté » et une envie de découvrir « l’Autre qui se distingue par sa religion, sa race, sa nationalité ». Adolescente, Agnès Callamard découvre la misère sociale des Britanniques en lutte contre Margaret Thatcher, alors qu’elle fait un échange dans une famille prolétaire de Doncaster. En République Centrafricaine, où habite son oncle, Agnès Callamard s’insurge contre la brutalité du système néocolonial, alors qu’elle est « la personne la mieux payée car blanche et française ». Elle choisit alors d’étudier à la prestigieuse université noire-américaine Howard University, et se met dans « un univers où elle était complètement minoritaire ». Elle lutte alors contre l’apartheid toujours en vigueur en Afrique du Sud, et c’est la première fois qu’elle le fait « avec d’autres de façon militante et organisée ». Agnès Callamard poursuit ses études à la New School, mais plus que la recherche, c’est avant tout l’action qui la passionne.

En 1995, Agnès Callamard entre ainsi chez Amnesty International où elle trouve « une grande rigueur, et une façon de réfléchir à l’action qui a un sens ». En 2016, elle devient rapporteuse pour les exécutions extrajudiciaires au sein de l’ONU, et prouve que le prince saoudien Mohammed ben Salmane est responsable de l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien assassiné à Istanbul dans le consulat d’Arabie Saoudite. Une enquête qui contribue à faire de « Mohammed ben Salmane un paria sur la scène internationale », mais qui ne dure qu’un temps alors que « les intérêts géostratégiques prennent le dessus sur les principes ».

En 2021, elle est devenue secrétaire général d’Amnesty International et  continue inlassablement d’enquêter pour qu’un jour les criminels soient traînés devant les tribunaux. Mais la défenseuse des droits humains « ne se fait pas d’illusions » et sait qu’il faut « aller au-delà des procès pour rendre justice aux victimes et qu’elles ne soient pas oubliées ».